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L'âne, le houx, le sapin et la tradition Provençale

Je vous présente juste avant ce Noël deux textes.

Un superbe texte de Frédéric Mistral qui défend les traditions de Noël comme elles sont en Provence. Il y démontre que le sapin de Noël est une hérésie.

Dans le deuxième texte, je retranscris un conte narré lors d'uns soirée à la Bastide Marin

Ce conte démontre lui aussi que le sapin de Noël est une hérésie, et il donne aussi une belle place à l'âne de Provence qui doit faire partie comme les bergers de ces nombreux habitants de la crèche.

Alègre ! Alègre !

Aro, es-ti que cresès que si parlo de pausa cacho-fue dins leis outau dei richas e de tout'aquélei que lei vuèlon engaugna ? Ah ! noun. D'en pertout si fagalas que deis Aubre de Nouvè, modo manalevado eis Alemand e eis Anglés. E vous demandi'n pau s'aquéstei soucieta, que pèr faire d'esbroufe, fan troumpeta d'en pertout soun "Aubre de Nouvè" para de fichero pèr assadoula leis enfant, farien-ti pas miés de bèllei fes de reviéuda, coulo bouuno obro, lou cacho-fue dei Provençau ! Valènt-à-dire d'óufri ei pàurei gènt frejoulet, de mouloun d'esclapo pèr abranda sei fougau, de bouènei fiolo de vin cue pèr esgaieja sei fèsto, de garbello de cardo à la prebado, quàuquei gaiàrdei dindo pèr lou famous "gros soupa", un bouon "pan calendau" pèr lou santifica, e de roundello de nougat, 'me de poumpo à l'òli, fin qu'à dire "d'ounte venès?"

E pèr la ninèio, cresès-ti pas que liago de vouèstei jouguet de la darniero modo, l'agradarié pas miés e sarien-ti pas mai fidèu au terraire, se li dounavias, moun Diéu ! nouèstei santoun de la crècho, Sant-Jousè, lou buòu e l'ai, lou ravi, l'amoulaire, Batoumiéu, Margarido, Jourdan, lou mitroun…?

Vaqui ço que farien nouèstei moussurot e nouèstei damoto, s'avien l'inteligènei dóu país mounte reston e l'amour de sei tradicien e subretout l'amour dóu pople. Mai noun, sarié pas proun lisquet !... Preferisson si rebala dins ço que si dis l'esnoubisme un mot anglés crea père lei, e que, parèis, coumprènon pas.

Mai cresès pas que l'imitacien va s'en teni à-n'acò ? D'à-passat-tèms, e vuei encaro, vers lei bouon Provençau, pèr Nouvè si mandavo à sei parènt, à seis ami, de cacho-fue vo de "calende", valènt-à-dire de fougasso, de nougat, de privadié requisto…

Aro, sabès-ti coumo sounon acò, nouèstei pounchu ? : "De presènt de Christmas". Vai ti faire tegne, vai !

Frederi Mistral

Prosi d'armana paru dans L'Aïoli, le 27de desèmbre de 1896

Voici l'interprétation que j'en fais à partir de ce que j'ai compris :

Frédéric Mistral, notre Poète Provençal, défenseur de la langue et des traditions a écrit ce beau texte dans un texte paru dans le journal "l'Aïoli" en 1896.

Il s'y insurge contre cette volonté qu'ont les richards Provençaux à vouloir imiter les parisiens en abandonnant la tradition du cacho-fue, cette bûche de bois portée par l'ancien et le jeune dans le feu de cheminée de Noël, ce gros souper pris avant la messe, puis suivi par la cérémonie des 13 desserts où les enfants pouvaient découvrir les présents, les "calende" au pied d'une branche de houx ou de pin, cet arbre de Noël nié et abandonné pour un sapin qui n'a rien à faire en Provence où il ne pousse même pas ou si peu.

Il réclame aussi qu'au lieu de gaver les enfants (la ninèio) de jeux modernes soit préféré les bonnes histoires construites autour de la crèche est des santons à faire vivre pour en faire une histoire bien plus merveilleuse. Une histoire éternelle qui doit être défendue contre les abandons de ces mêmes richards qui ne veulent qu'abandonner leurs traditions, leur langue pour mieux imiter les parisiens et les anglo-allemands.

Ces richards sont dénoncés par Frédéric Mistral comme des renégats qui préfèrent imiter le Nord que de défendre et perpétuer les valeurs provençales.

Il conclue ses propos par un cinglant : "vai ti faire tegne, vai!" soit "Va te faire voir, va!"

L'âne de Provence et le houx.

Le soir de Noël, l'âne de Provence est avec le bœuf dans l'étable pour tenir chaud au Messie qui vient de naître.

L'âne a servi à mener Marie enceinte jusque là, certes, mais cette nuit, son souffle chaud n'est rien comparé au souffle du bœuf. Tous les adorants arrivent avec des présents innombrables, tous plus beaux les uns que les autres……

Qui amène une poule noire dont le sang aidera aux relevailles, qui amène un porcelet, un autre un fromage, des tissus et des laines, des fruits, tous arrivent avec leurs plus beaux produits malgré leurs conditions pauvres. Ils sont là pour vénérer le Messie et font le plus grand geste qu'ils peuvent.

Et que dire des rois mages qui sont en route avec leurs ors.

L'âne n'a rien que ces quatre pattes. Alors cette nuit de Noël, l'âne de cette crèche Provençale monte dans les montagnes à travers les ronces de la garrigue pour aller chercher une branche de houx la plus verte possible.

Il n'a que ses pattes pour la prendre et cela ne suffit pas. Alors, avec sa bouche et sa langue, il cueille une branche de ce plus beau houx et redescend vers l'étable où le Jésus est né.

Les épines du houx font saigner sa langue, son museau, les ronces et les ajoncs s'en donnent à cœur joie pour le blesser.

Les gouttes de sang coulent sur les feuilles du houx. Et dans cette nuit froide de l'hiver, elles se figent en boules rouges sur le houx pour en faire le plus beau bouquet qu'on pouvait mettre dans l'étable pour Noël.

C'est pour ce superbe cadeau que Jésus a donné à l'âne de Provence une croix de saint André sur le dos, le seul âne au monde qui porte une telle reconnaissance.

Et si après ça, on vous conte que Jésus est né à Bethléem en Palestine, ne le croyez pas…….

Il est né à Betelèn en Provence, et la preuve, Jésus a mis une croix sur l'échine de l'âne en remerciement de ce si beau houx qui fait honte au sapin inventé par les saxons, et imposé en France au début du XXème siècle.

Histoire rédigée à partir du conte relaté par : Tonin OLLES Conteur et Troubadour du IIIème millénaire

Tag(s) : #Ma Provence

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