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La Provence, c'est aussi une histoire dans la guerre de 39/45, avec ses côtés héroïques comme partout mais aussi avec ses parts d'ombre et même de honte.

J'ai déjà montré les grands ouvrages construits par l'occupant après Novembre 1942 dans mon village. Voir :

http://l-estrangie-e-li-santoun.over-blog.com/2014/05/les-constructions-allemandes-sur-le-village.html

http://l-estrangie-e-li-santoun.over-blog.com/2015/04/constructions-allemandes-du-village-la-suite.html

ou en bord de mer comme à La Ciotat :

http://l-estrangie-e-li-santoun.over-blog.com/2014/08/la-ciotat-l-ile-verte-en-defense-experte.html

C'est aussi un provençal qui a écrit les paroles de "Maréchal, nous voilà !", chanson française à la gloire du maréchal Pétain. Les paroles sont d'André Montagard, qui en a aussi coécrit la musique avec Charles Courtioux.

André Montagard n'a pas que fait cette pourriture, il est aussi l'auteur d'un admirable livre sur les santons.

Les Milles, camp d'internement

Il a aussi écrit d'autres paroles, dont "Une partie de pétanque" qui a été enregistrée en 1980 par Georges Brassens dans son disque "Georges Brassens chante les chansons de sa jeunesse".

La Provence n'est pas épargnée par la politique de Vichy et même au contraire.

Dès le début de l’occupation, le Régime de Vichy qui était désireux de garder le contrôle de l'administration des Juifs français, édicte un Statut des Juifs assez proche de celui pris en zone occupée par les Allemands. De plus, on retira la nationalité française aux naturalisés depuis 1928, ce qui permit de déclarer « apatrides » ces ex-français.

Les étrangers ou naturalisés récents, toujours indésirables pour le gouvernement (selon la catégorie créée par la Troisième République), sont regroupés dans des camps d’internement ou assignés à résidence.

Marseille étant un port vers le départ, de nombreux émigrés russes, allemands ou juifs des pays de l'Est sous botte nazie se sont réfugiés ici en espérant pouvoir avoir des passeports pour partir.

C'est alors la grande peur de cette célèbre 5ème colonne.

Le mythe de la « cinquième colonne », bien répandu avant la Seconde Guerre mondiale, suite de l'afflux de réfugiés fuyant l'Italie fasciste, l'Allemagne nazie et l'Espagne franquiste a conduit à la construction de camps. Ces camps regroupent, au printemps 1939, les républicains espagnols et les miliciens allemands des Brigades internationales, des Allemands (et généralement tous ressortissants du Troisième Reich) considérés comme "sujets ennemis", indépendamment du fait que beaucoup sont des opposants au régime nazi. Les communistes allemands sont recensés comme « suspects du point de vue national » et internés.

La Provence possède le seul grand camp français d’internement et de déportation encore intact et accessible au public, le Camp des Milles. Il est aujourd’hui un musée d’Histoire et des Sciences de l’Homme, innovant et unique en France.

Dans ce bâtiment furent internées entre 1939 et 1942, plus de 10 000 personnes dans des conditions de plus en plus dures. Réfugiés en France, la plupart fuyait le totalitarisme, le fanatisme et les persécutions en Europe.

Des centaines d'entre eux allaient régulièrement avec autorisation dans les consulats de Marseille pour tenter d'obtenir des visas. Mais ils revenaient régulièrement au camp d'internement qui leur assurait au minimum gîte et couvert. C'est le même phénomène qui a eu lieu au début de la construction des ghettos de Varsovie, une certaine illusion de la sécurité et une négation de l'impossible, de l'horreur.

L'histoire du Camp des Milles témoigne de l'engrenage des intolérances successives, xénophobe, idéologique et antisémite qui conduisit à la déportation de plus de 2 000 hommes, femmes et enfants juifs depuis le Camp des Milles vers le Camp d'extermination d'Auschwitz, via Drancy et Rivesaltes.

Ils faisaient partie des 10 000 Juifs de la zone dite "libre", qui, avant même l'occupation de cette zone, ont été livrés aux nazis par le gouvernement de Vichy.

Le camp d'internement devient un camp de concentration en 1942 et des trains sont alors constitués pour monter vers les camps d'extermination.

En 1942, le commandant Perrochon dirige ce camp d'une main de fer. Mais pourtant, quand l'arrivée des nazis est annoncée, il ne peut se résoudre à leur livrer ses prisonniers et affrète secrètement un train pour les évacuer sur Bayonne. Cette histoire a fait l'objet d'un film, Les Milles réalisé par Sébastien Grall en 1995.

Le Commandant se met d'accord avec un membre de sa famille qui travaille en Gare de Bayonne pour lui envoyer un train clandestin constitué de wagons détournés. Après un voyage épique, le train arrive à Bayonne mais le destinataire n'était pas là. C'est un autre agent de la SNCF qui reçoit le train et le renvoie puisque ce train est illégal.

Peu de passagers se seront évadés sur le trajet ; l'un d'entre eux Manfred Katz, Interné au Camp des Milles et Libéré d'un train de déportation écrira :

On avait tellement peur que, quand on a commencé à embarquer les gens aux Milles, des gens, des femmes surtout se sont jetés du deuxième étage du bâtiment par terre, préférant mourir plutôt que d'être embarqués dans les wagons. (…)
Imaginer ce qu'il allait se passer, c'était une vue de l'esprit. Ça ne nous a même pas touché. Ça n'allait pas être joyeux ce qui nous attendait… Mais qu'on allait nous exterminer en masse, c'était une chose qu'on ne pouvait pas imaginer.

Une particularité du Camp des Milles est la forte proportion d'intellectuels et d'artistes internés, parmi lesquels Max Ernst, Hans Bellmer et Lion Feuchtwanger. Ils y développèrent une vie culturelle active et résistèrent par l'esprit en créant des centaines d'œuvres, dont certaines sont encore visibles sur place.

Ce foisonnement s'explique incontestablement par la présence de nombreux artistes et intellectuels, dont certains bénéficient déjà d'une renommée internationale tandis que d'autres ne seront reconnus qu'après la guerre. Il y a des peintres, des écrivains, des musiciens, des hommes de théâtre, des sculpteurs, etc…

Et tous ces personnages vont profiter des murs de cette ancienne tuilerie pour poursuivre leurs activités, souvent de façon ironique, mais aussi pour préserver leur dignité, tromper l'ennui, entretenir leur moral comme celui de leurs camarades ; parfois aussi pour s'attacher les faveurs d'un membre de l'administration. Des cours ou conférences sont donnés, des pièces de théâtre et des opéras sont joués.

Les pièces de théâtre sont jouées dans les fours et les cheminées et il est possible d'en voir des traces.

Mais aussi pour s'attacher les faveurs d'un membre de l'administration, les internés réalisent des commandes officielles comme la réalisation d'imposantes peintures murales pour le réfectoire des gardiens en 1941.

La réutilisation de ces bâtiments à la sortie de la guerre par les cimenteries Lafarge a été un moyen non prévu de conserver des traces de tout.

Il fallait absolument œuvrer et vite pour la reconstruction de la France, alors les industriels n'ont pas reconstruits l'usine, ils ont plaqués des bois sur les murs pour avoir des locaux propres et rien n'a été changé jusqu'à la fin de Lafarge aux Milles dans les années 1970.

Le terrain et les bâtiments sont restés inoccupés des années, puis l'agglomération ayant besoin de terrains vierges pour son extension, le site était voué à la démolition. Mais à l'initiative d'un prof connaissant l'histoire, une campagne de sauvegarde a été menée pour sauver le seul site identique en France et en faire un Musée, et c'est aujourd'hui fait dans le cadre des grands projets de Marseille-Provence Capitale Européenne de la Culture 2013.

Le Site-Mémorial du Camp des Milles explique ce camp d'internement et de déportation français, ouvert en septembre 1939, dans une usine désaffectée, une tuilerie, au hameau des Milles sur le territoire de la commune d'Aix-en-Provence. Il est le seul grand camp français d'internement et de déportation encore intact.

Après l’inauguration d’un Chemin des Déportés (1990), un Wagon du Souvenir est installé sur les lieux mêmes des déportations.

Pour ma part, j'ai fait cette visite déjà deux fois dont une dès l'inauguration de 2012.

C'est en lisant récemment un superbe texte paru en 2000 dans la Revue "Lou Prouvençau à l'escolo" mais déjà paru en 1944 dans l'Armana Prouvençau que j'ai eu envie de vous faire partager cette histoire longtemps méconnue des Provençaux et même des Aixois pourtant si proches.

Les Milles, camp d'internementLes Milles, camp d'internement
Les Milles, camp d'internementLes Milles, camp d'internement

L'arrivée sur le site est prenante. Une terre sèche et vide de toute végétation, un arbre ou deux, des bâtiments d'argile rouge.

Les Milles, camp d'internementLes Milles, camp d'internementLes Milles, camp d'internement
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Le Rez-de-Chaussée aménagé en accueil était celui des activités.

Les Milles, camp d'internementLes Milles, camp d'internementLes Milles, camp d'internement

L'étage intermédiaire était celui où dormaient les hommes.

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Et le dernier étage était celui des femmes et des enfants, directement sous les toits sans isolants, des fours en été et des glacières en hiver.

Les Milles, camp d'internementLes Milles, camp d'internementLes Milles, camp d'internement

Dans les fours de cheminées, des traces des pièces de théâtre sont encore là

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Les machineries de l'usine sont restées telles que depuis 40 ans.

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La salle à manger contient ses décors commandés par les autorités en parfait état.

Les Milles, camp d'internementLes Milles, camp d'internement
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Et à l'extérieur un des wagons de l'extermination a été offert par la SNCF

Les Milles, camp d'internementLes Milles, camp d'internement
Les Milles, camp d'internementLes Milles, camp d'internement

Une visite à faire pour apprendre, pour comprendre et se souvenir. Profiter d'une journée maussade de vacances pour venir en famille, expliquer aux enfants, en cette période où des extrémismes fous veulent imposer un nouveau monde, de nouvelles lois et des règles religieuses et de société ennemies, une visite à faire pour se souvenir et refuser.

Tag(s) : #Ma Provence

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