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Alain Brunaud est un poète provençal que j'ai pu rencontrer assez récemment.

Je lui ai parlé de ce blog qui nous réunit pour l'amour des santons de Provence.

Il a écrit un très beau poème sur le "Peuple d'Argile" des santons de Provence, et il m'a autorisé à vous le proposer à la lecture et comme le plus grand nombre d'entre vous ne parle pas provençal, il m'a aussi offert la traduction qu'il en a faite.

Alain Brunaud, est "Maître en Gai-Savoir" du Félibrige, chose que j'explique ici :

http://l-estrangie-e-li-santoun.over-blog.com/2015/04/provence-et-felibrige.html

Il écrit des textes de chansons comme ici :

http://www.collectifprovence.com/spip.php?article1445

Extrait du disque "Entèndes"

Il a écrit plusieurs livres dont, en particulier, un livre "Entre-las – Entrelacs", les poèmes d'un poète inspiré par les tableaux d'un peintre.

Voici ce poème, en Provençal, et en français qui conte le peuple d'argile des santons, ce peuple issu des mains du santonnier, car si Dieu créa un santon pour en faire l'homme avec la terre, alors le santonnier crée le santon avec l'argile pour accompagner l'adoration de son fils Jésus, en ramenant cette adoration à une dimension humaine, simple échange de la vie Provençale, relecture populaire qui s'accapare mieux ainsi cette naissance pour en faire le tableau de la vie traditionnelle des campagnes et des villages, des populations et des habitants, de leurs travers et de leur enthousiasme.

Peuple d'argile, Alain Brunaud

POPLE D’ARGELO

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Lou viage es acaba ! Siés arribado, enfin.
Lèu, Jóusè fabriquè, fustié biaissous e fin,
Un brès ounte la paio au fen s’entre-mesclavo.
Siés, despièi, lou trelus dóu jas que t’esperavo.
Veici, bello jacènt, aro, toun enfantoun.
E la bono nouvello, en tóuti li cantoun,
Que l’ange Boufarèu, ’mé sa troumpeto crido,
S’espandis tras la niue tant lèu afestoulido.
Entandóumens, l’enfant risoulejo, caufa
Pèr l’aleno dóu biòu e de l’ase coucha
Proche, tant proche d’éu ! De-longo li regardo
’Mé d’iue esperluca que l’innoucènci gardo
À la largo dóu mau. Deforo, l’aire es pur.
Milo perlo d’argènt traucon lou vèu escur.
La capo dóu cèu sèmblo atraiènto e inmènso,
Mai, douminant si sorre, en pleno resplendènço,
L’Estello d’or lusis, endicant lou camin
À tout un pople ardènt pourta pèr lou fremin,
Dins l’amour infini, d’uno fe vigourouso.
Arribon, bras carga, en escarrado urouso,
Pourgissènt sis óufrendo e soun adouracioun.
Lou Ravi semound que sa grando amiracioun,
Sa souspresso e soun cor. Vengu de la mountagno,
Li pastre, emé la jargo enca mouisso d’eigagno,
Soun sus plaço deja. L’un porto un agnelet ;
E un autre, enterin, flahutejo soulet,
Pèr lou pichot Jèsus, l’èr d’uno cansoun douço.
Dous vièi en brasseto, en despié dóu vènt qu’espòusso,
Aduson la poumpo e quàuqui lipetarié.
Un avugle, mena pèr soun drole, amarié
Vèire lou mounde, un cop ; lou cor plen d’esperanço
E d’intènso fervour, tèn en touto fisanço
L’espalo de soun fiéu urous de l’ajuda.
Vaqui, pas luen d’eici, ’mé soun gilet brouda,
Un bèu tambourinaire avançant sus la draio ;
De bono, acourajo touto uno troupo en aio.
La peissouniero adus, emé soun franc parla,
Un pau d’èr de la mar, lou cabrié de la,
Lou boulengié soun pan, lou cassaire la lèbre.
Lou bouscatié escound, souto soun èr menèbre,
Soun lassige, fleissant souto lou pes dóu fais
Sus l’esquino carga ; pèr éu ges de relais :
Rescaufa lou pichoun sara ounour e fèsto.
Vèn uno chato alor, la dourgo sus la tèsto,
Que tèn adrechamen, fieramen, d’uno man ;
Saup bèn que soun presènt comto mai qu’un diamant.
D’assetoun sus soun ase, arribo Margarido,
Siavo e secrèto un pau, sa banasto garnido ;
Mai de que i’a dounc sout la pato que la cuerb ?
E veici Pistachié, amourous, disavert,
Sa poumpo sout lou bras, la camiso en lougiero.
En ribo dóu riau, vesèn la bugadiero
Que, s’apecant, semound rèn que soun enavans.
Pas luen, proche d’un fiò, lou bóumian, soulevant
Sa capo dins l’oumbrun, segrenous, laisso vèire
Soun esglaiant coutèu. Pamens, es pas de crèire,
Es à mand de sourrire e de dire en chascun
La bono fourtuno. E, plus jamai, en degun,
Noun fara ges de mau. Soun ami l’amoulaire,
Estrange e misterious, entouno, pivelaire,
Soun eternau refrin : « Viro bèn ! toujour bèn ! »
Davalant de la colo, au luen, apercebèn
Lou móunié sus soun ase adusènt sa farino,
Alègre dins lou vènt coumplice que l’entrino.
E uno pauro vièio escrussido, alor, sort
De la séuvo prefoundo, óublidant lou mau-sort.
Porto un fais de bos mort coume umblo e puro óufrèndo.
La gènto fielairis, à soun fus s’afasèndo.
Saup li pastre à geinoui ; lèu, li vai retrouba
En tirant de si det un fiéu fin adouba,
Fiéu de vido e d’espèr, vers la lus eternalo.
…………………………………………………………..
Poulit pople d’argelo, esto niue ivernalo
Es un moumen preclar. Vive en chascun de vous
Lou pantai de la pas, lou pantai d’or tant dous
De l’innoucènci escrèto e de l’amour sedous.

Alan BRUNAUD, Mèstre en gaisabé

Poème Alain Brunaud

PEUPLE D’ARGILE

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Le voyage est terminé ! Tu es arrivée, enfin.
Bien vite, Joseph fabriqua, charpentier habile et fin,
Un berceau où la paille au foin s’entremêlait.
Tu es, depuis, l’éclat de la bergerie qui t’attendait.
Voici, belle accouchée, maintenant, ton petit enfant.
Et la bonne nouvelle, en tous lieux,
Que l’ange Bouffarel, avec sa trompette proclame,
Se répand à travers la nuit, aussitôt mise en fête.
Pendant ce temps, l’enfant sourit, chauffé
Par l’haleine du bœuf et de l’âne couchés
Près, si près de lui ! Sans cesse il les regarde
De ses yeux ouverts en grand que l’innocence garde
Au large du mal. Dehors, l’air est pur.
Mille perles d’argent percent le voile obscur.
La voûte céleste semble attrayante et immense,
Mais, dominant ses sœurs, dans toute sa splendeur,
L’Étoile d’or luit, indiquant le chemin
À tout un peuple ardent porté par le frémissement,
Dans l’amour infini, d’une foi vigoureuse.
Ils arrivent, bras chargés, en troupe heureuse,
Présentant leurs offrandes et leur adoration.
Le Ravi n’offre que sa grande admiration,
Sa surprise et son cœur. Venus de la montagne,
Les bergers, avec la cape encore humide de rosée,
Sont déjà sur le lieu. L’un porte un agnelet ;
Et un autre, pendant ce temps, tout seul, joue sur sa flûte
Pour le petit Jésus, l’air d’une chanson douce.
Deux vieux se donnant le bras, malgré le vent qui secoue,
Apportent la pompe et quelques friandises.
Un aveugle guidé par son garçon aimerait
Voir le monde, une fois ; le cœur plein d’espérance
Et d’intense ferveur, il tient en toute confiance
L’épaule de son fils heureux de l’aider.
Voilà, pas loin d’ici, avec son gilet brodé,
Un beau tambourinaire avançant sur le chemin ;
De bonne humeur, il encourage la troupe en mouvement.
La poissonnière apporte, avec son franc-parler,
Un peu d’air de la mer, le chevrier du lait,
Le boulanger son pain, le chasseur le lièvre.
Le bûcheron cache, sous son air sévère,
Sa fatigue, fléchissant sous le poids du fagot
Que sur son dos il porte ; pour lui, aucun repos :
Réchauffer le petit sera honneur et fête.
Vient une jeune fille alors, la cruche sur la tête,
Qu’elle tient adroitement, fièrement d’une main ;
Elle sait bien que son présent compte plus qu’un diamant.
Assise sur son âne, arrive Marguerite,
Tranquille et secrète ; son panier est garni ;
Mais qu’y a-t-il donc sous le torchon qui le couvre ?
Et voici Pistachier, amoureux, écervelé,
Sa pompe sous le bras, la chemise débraillée.
Au bord du ruisseau, on voit la lavandière
Qui, prenant de la peine, n’offre que son énergie.
Pas loin, à côté d’un feu, le bohémien, soulevant
Sa cape dans l’ombre, inquiétant, laisse voir
Son effrayant couteau. Pourtant, c’est incroyable,
Il est sur le point de sourire et de dire à chacun
La bonne aventure. Et plus jamais, à personne,
Il ne fera aucun mal. Son ami le rémouleur,
Étrange et mystérieux, entonne, fascinateur,
Son éternel refrain : « Elle tourne bien ! toujours bien ! »
Descendant de la colline, au loin, on aperçoit
Le meunier sur son âne apportant sa farine,
Joyeux dans le vent complice qui le met en train.
Et une pauvre vieille exténuée, alors, sort
De la forêt profonde, oubliant son malheur.
Elle porte un fagot de bois mort comme humble et pure
La gracieuse fileuse, à son fuseau s’affaire ; [offrande.
Elle sait les bergers à genoux ; vivement, elle va les retrouver
En tirant de ses doigts un fil fin bien arrangé,
Fil de vie et d’espoir, vers la lumière éternelle.
…………………………………………………………..
Charmant peuple d’argile, cette nuit hivernale
Est un moment resplendissant. Je vis en chacun de vous
Le rêve de la paix, le rêve d’or si doux
De l’innocence pure et de l’amour soyeux.


Alain BRUNAUD, Maître en gai savoir

Tradution Alain Brunaud

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