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Le 4 décembre 1803, la première marchande de santons installa son éventaire au cours St Louis à Marseille.

Puis, vite, les baraques en bois, peintes en jaune et rouge, les couleurs de la Provence ont fait leur apparition sur le cours parmi les marchandes de friandises.

C'est ainsi qu'a commencé la Foire aux Santons de Marseille, la plus ancienne du Monde.

C'est un Marseillais, Jean-Louis Lagnel, qui a été le premier figuriste à fabriquer des santons d’argile dans des moules de plâtre avec de l'argile rouge ou grise, n'en déplaise aux puristes, argile à carrelage pour être assez souple et dense pour occuper toutes les finesses du moule.

Il fallait ensuite les laisser sécher avant de les peindre car ils étaient d’argile crue ce qui les rendait fragiles et surtout sensibles à l'humidité, à celle des mousses des décors en particulier.

C'est ainsi que sont nés les santons  Grasset et Grassette ou Margarido et Jourdan comme les personnages des Pastorales.

Les couleurs utilisées sont simples : le rouge pour le parapluie, les joues, les lèvres ou la taillole ; le blanc du mouton ou de la blouse du meunier ; le noir des chapeaux ou des moustaches ; le brun de la cape et du boeuf ; le gris de l'âne et puis toutes les autres couleurs utilisées en petites touches.

Ce sont, dans ces premières années, tous les santons traditionnels, ceux de la nativité mais aussi le ravi, l’aveugle et son fils, les valets et les vieux, le chasseur ou la poissonnière et les personnages des Pastorales.

Santon Virginie de GarlabanSanton Virginie de GarlabanSanton Virginie de Garlaban
Santon Virginie de GarlabanSanton Virginie de GarlabanSanton Virginie de Garlaban

C'est ensuite à Aubagne que le santon va changer de dimension. Et pour cela, il fallait l'intelligence et l'inventivité d'une femme, Thérèse Neveu, celle que Mistral a nommé, dans un courrier de 1904 qu'il lui a adressé, "Ma bello santouniero".

Thérèse Neveu est née en 1866 dans une famille de potiers, les Sicard, et c'est avec le four de son frère, Louis Sicard, l'inventeur de la Cigale en poterie devenue l'emblème de la Provence, qu'elle va cuire ses santons.

C'est cette Cigale inventée en 1895, en même temps qu'est né le cinéma Lumière à La Ciotat, et qu'est né Marcel Pagnol à Aubagne.

Photos du WebPhotos du WebPhotos du Web

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Thérèse Neveu va faire aussi quelque chose de nouveau, elle va créer des santons non plus à partir des métiers des villages ou des personnages des pastorales, non, elle va en plus les personnifier en représentant de réels et réelles Aubagnais et Aubagnaises.

Ainsi, un de ses premiers santons sera la Margarido qui n'a rien à voir avec la Margarido de la Pastorale Maurel. Celle-ci est la sœur du curé de l'église St Pierre d'Aubagne, avec son panier plat d'où dépasse une queue de morue. Elle a un manteau et un parapluie rouge qui peut changer de côté et un bonnet à dentelle tuyautée.

La création de Margarido est à l'origine du développement de l'atelier de Thérèse Neveu qui mobilise alors, pour la peinture ses deux filles. Avec son fils, elle va créer plus de 70 moules de personnages qui vont entrer dans la crèche aubagnaise de l'église St Pierre, personnages pittoresques et paysans de la campagne environnante. Et surtout, Thérèse Neveu abandonne les moules Lagnel pour créer les siens, abandonne la terre séchée pour la terre cuite et la peinture à la détrempe pour la peinture à l'huile. De plus elle va représenter les costumes de cette fin du 19ème siècle sortant des stéréotypes des costumes de fin du 18ème qui n'étaient alors que les seuls représentés.

Elle va créer des dimensions de 10 et 20 cm en grand nombre pour les commandes des particuliers.

Virginie Bérenger est une autre figure pittoresque et connue d'Aubagne, elle est aussi appelée Virginie de Garlaban.

Santon Virginie de Garlaban

C'est une paysanne dévote qui vient vendre deux lapins, ou un couple de volailles au marché d'Aubagne du dimanche. Elle en profite alors pour colorer sa tenue habillée du dimanche de rubans de couleurs différentes en fonction des fêtes de l'Église.

On dit souvent d'elle que ses lapins étaient braconnés mais rien n'est aussi sûr, elle n'était pas si pauvre que ça puisqu'elle était aussi couturière pour le Grand-Hôtel de Versaillard, halte des rouliers.

Les rubans de sa coiffe étaient assortis à ceux de la chasuble de l'officiant, soit le blanc et l'or en période calendale.

Virginie avait normalement un grand parapluie bleu, de la couleur de ceux des bergers, alors que Margarido avait un parapluie rouge, signe de notabilité. Chacune est donc aisément identifiable, grâce à des détails qui peuvent passer inaperçus aujourd'hui, mais qui, dans la culture provençale d'antan, étaient porteurs de sens et identifiaient une personne.

 

Daniel Scaturro, meilleur ouvrier de France, santonnier maintenant à la retraite a été très longtemps le seul santonnier a continuer, à perpétuer l'œuvre de Thérèse Neveu en réalisant le santon de Virginie de Garlaban.

En 7cm, comme je l'ai acheté moi, il lui mettait un parapluie rouge.

Santon Virginie de GarlabanSanton Virginie de GarlabanSanton Virginie de Garlaban

Aujourd'hui, hormis les pièces anciennes de Thérèse Neveu qu'on peut aller découvrir au Musée des Ateliers Thérèse Neveu dont j'ai souvent parlé ici pour ses expositions régulières, il n'y a que deux santonniers qui réalisent eux aussi la figure de Virginie, la santonnière Saurel et le Santonnier Magali tous deux d'Aubagne.

Santon Virginie de GarlabanSanton Virginie de Garlaban
Santon Virginie de GarlabanSanton Virginie de Garlaban

Mais pour s'imprégner de cette terre d'Aubagne où fut inventé le santon cuit que nous connaissons aujourd'hui, quoi de plus simple que d'y venir y passer un séjour lors d'une de ces foires aux santons ou pour ces biennales d'été que sont Argilla, en été, les années impaires ou la biennale des santons en hiver, les années paires.

Lovée entre Marseille et Cassis, au pied du Massif du Garlaban cher à Marcel Pagnol, Aubagne, c’est toute l’âme d’une Provence sincère et sans artifice. Et la capitale du santon de Provence.
Cette authenticité fait le charme de son marché et des ruelles étroites du centre ancien. On flâne, à la découverte de l’atelier d’un santonnier ou d’un céramiste, d’une boulangerie proposant de délicieuses fougasses, d’un magasin de jouets en bois, d’un petit resto de terroir… Pour peu qu’on ait commencé sa balade par une visite du Musée du Petit Monde de Marcel Pagnol et de la maison natale du cinéaste-écrivain, on s’imagine facilement accompagné par les santons de Provence, grimpant jusqu’à l’église, tout en haut de la vieille ville…Les santons… « santoun » en provençal, ce mot signifie « Petits Saints »… Ces petites figurines d’argile sont nées au moment de la Révolution Française. Les crèches dans les églises étant alors interdites, chaque famille provençale en construit une chez elle, « dissimulant » les personnages de la nativité au cœur d’un véritable village provençal qui mêle les personnages traditionnels de la pastorale à ceux reproduisant les activités et métiers : meunier, paysan, blanchisseuse, rémouleur, chasseur… En terre crue à l’origine, ces figurines sont aujourd’hui cuites, peintes ou habillées, et être santonnier est devenu un métier à part entière. A Aubagne, les ateliers de ces artisans sont nombreux. La foire au santon de la ville est, avec celle de Marseille, parmi les plus renommées et dure plus d’un mois. Les familles provençales se transmettent les santons de génération en génération et ajoutent chaque année les personnages nouveaux créés par les santonniers, que l’on achète sur ces foires ou directement à l’atelier.
C’est la santonnière aubagnaise Thérèse Neveu, sœur du céramiste Louis Sicard, qui a inventé la célèbre cigale provençale, qui en 1894, a eu l’idée d’ajouter aux traditionnels personnages de la crèche provençale, un santon ayant les traits d’une personne connue: Virginie de Garlaban. Elle traçait ainsi la voie au futur Petit Monde de Marcel Pagnol, où l’on retrouve Raimu, Fernandel, Gérard Depardieu, Yves Montand et bien ’autres… « santonnifiés » !

Claire Vincent

Tag(s) : #Santon et Santonnier

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