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Je vais aborder dans ce sujet, les "Torpilles", un thème qui va me valoir des gloseries, des diatribes comme celles que j'ai pu voir lorsque je me suis fait faire un santon "Chiapacan", comme expliqué sur le sujet ici :

Des amateurs veulent bien faire une crèche avec une Nativité et une représentation de la vie des villages de Provence au 19ème siècle, mais, vite, il faut oublier des vérités qui insupportent certains de nos esprits chagrins actuels.

Le "chiapacan" attrape les chiens errants pour les emmener non à la SPA mais vers une mort certaine dans ces abattoirs comme celui qui a fonctionné près de Marseille jusqu'au début du 20ème siècle et qui se trouvait aux portes de mon village.

On veut bien mettre un Boumian voleur de poules, on veut bien mettre des offrants de poules, de cochons et autres en sachant bien qu'il faudra les égorger avant de nourrir le Petit Jésus, mais pas-touche aux chiens….

Une hypocrisie jésuitique alors que la crèche représente un monde réel avec tous ses métiers toutes ses imperfections et tous ses espoirs.

Le sujet du "Torpilleur" et des "Toupines" et donc un sujet qu'il n'est pas coutumier d'aborder dans des conversations de salon et de bon ton. J'invite donc mes lecteurs prudes à ne pas aller plus loin, ce sujet est interdit aux âmes chastes et prudes.

Mais je veux aborder ce sujet. Je veux le représenter dans ma crèche car il fait partie des luttes dantesques qu'ont menées nos anciens pour améliorer leurs conditions d'existence contre les saletés et les nuisances qui provoquaient de véritables désastres dans la population, par la propagation de maladies endémiques mortelles.

Il ne faut pas oublier que les épidémies de Peste et de Choléra ont continué à marquer le 19ème siècle en Provence de leurs centaines de morts.

Mais en plus, quand je me suis adressé à Francis Ruiz pour m'apporter une solution à mon envie de présenter cette scène, ça ne l'a pas choqué, il a vécu cette période et il a connu la "Torpille" dans les rues de sa ville de St Gilles dans le Gard jusqu'avant la fin de la deuxième guerre mondiale.

Un peu d'histoire donc

La plupart d'entre nous, nés dans l'aisance du 20ème siècle, et dans l'aisance de la deuxième moitié de ce 20ème siècle, ne connaissent que le confort et l'hygiène.

Mais cette situation n'est pas une situation aujourd'hui encore partagée dans tous les pays du Tiers-monde, pire encore dans ce qu'on nomme le Quart-Monde.

J'ai eu la chance pour mon travail de partir vivre dans des Pays où le niveau de vie ne dépasse le dollar par jour et par famille et je peux en témoigner.

Le Moyen-Age a été une période de régression très dure par rapport aux avancées de la société grecque puis romaine que nous avons connues jusqu'à la fin du 4ème siècle et le début de la barbarie amenée par les Goths, Wisigoths et tous les autres Goths qui ont traversé nos contrées jusqu'en fin des 8ème et 9ème siècles.

Dans mon blog, lorsque je parle de St Rémy de Provence et de la cité de Glanum, je démontre que les égouts et autres avancées ont existé du temps de la splendeur romaine, voir mes sujets :

Mais après cette période d'avancée sanitaire, il a fallu s'accommoder des tas d'ordures pestilentielles accumulés à proximité des maisons, puis de la collecte des vidanges humaines par des moyens rudimentaires.

Cette utilité de l'hygiène publique a été comprise par les civilisations les plus anciennes d'Égypte, de Perse, de Chaldée, de Grèce et de Rome avant sa destruction par les invasions barbares.

De même les religions ont souvent défendu des règles d'hygiène corporelle ou alimentaire donnant des solutions pour éviter de vivre en milieu malsain.

La Provence est une terre de passage qui va connaître de nombreuses guerres, des pillages et des saccages, la science ne pouvant pas alors faire des progrès spectaculaires, d'autant que la religion s'est longtemps armée contre les scientifiques, les bannissant et détruisant leurs travaux.

Nos crèches présentent des marchands d'eau dans les rues, des fontaines, et aucun santonnier, aucun amateur de crèche ne se pose la question de cette faiblesse de l'apport de l'eau potable, et surtout, des eaux usées.

J'adore me poser ces questions et c'est mon sujet du jour, car ces villages de Provence, ces superbes cartes postales actuelles, étaient en réalité des villages de rues étroites, tortueuses, jonchées d'immondices jetées par les fenêtres, non ramassées, ou de temps en temps seulement et, dans ce cloaque, les animaux domestiques trouvaient leur pitance, cohabitant avec les humains.

Les eaux usées croupissaient aux abords des habitations et ce cloaque permanent contaminait par infiltration l'eau des puits. Les tas d'ordures, foyers permanents d'infection, répandaient leurs odeurs pestilentielles, mêlées aux puanteurs des tas de fumiers qui serviraient d'engrais.

On est loin de la carte postale, mais on est près d'un véritable sujet.

Dès le 16ème siècle, le Parlement d'Aix ayant interdit les dépôts d'ordures devant les habitations, les édiles chargés des villages et des cités devaient surveiller la salubrité des eaux dans les abreuvoirs, l'entretien des ruisseaux pour faciliter l'écoulement des eaux et ils faisaient également nettoyer les bassins et les canalisations des fontaines publiques.

Le 15 janvier 1683, un nouvel arrêt du Parlement d'Aix précise " Les rues seront tenues propres devant les maisons par leurs habitants... Défense d'y faire des tas de fumier, d'y déposer des ordures et de procéder à des jets de nuit... "

Quant on questionne les anciens, ils ont encore en mémoire la coutume du "passorès", usage qui était de jeter par les fenêtres toutes sortes de déjections y compris le contenu des vases de nuit, mais par politesse, il fallait crier, avant la vidange, la question devenue légendaire "Passo rès ?" (Il ne passe personne ?), et l'éventuel promeneur devait hurler vite sous peine recevoir une douche des plus malodorantes.

Les rues caladées ou pavées avaient un canal médian pour collecter toutes les déjections, et il fallait attendre la pluie pour que la rue s'assainisse.

La création des trottoirs n'est qu'une réalisation de la fin du 19ème siècle. Alors interdiction va être faite aux populations d'accumuler leurs ordures autour des maisons, il va falloir trouver des solutions pour les entreposer, quoi de mieux que de les mettre à périphérie des agglomérations.

Pour les maisons isolées, elles creusent une fosse ouverte de dépôt et sinon, on se bâtit un petit édicule couvert d'une toiture à une ou deux pentes, il est appelé le pàti ou cagadou, c'est la cabane au fond du jardin.

Pour ceux que mon sujet choque, il existe de nombreux santonniers qui présentent ces produits et, ça ne choque personne………

Donc je ne devrais pas choquer.

Tous ces dépôts vont polluer les nappes, les puits et continuer d'emmener maladies et insectes ravageurs dans les maisons et les villages.

Si pour les habitants isolés ou possédant un peu de terre, l'enfouissement servait de solution même imparfaite, pour les habitants des villages, il fallait organiser une solution.

Dans un premier temps, pour les cités proches de la mer, on va organiser la collecte au moyen de tonneaux montés sur deux roues et tirés par un fort cheval pour aller déverser le tout à la mer.

Pour les autres, on organise des collectes qui vont, soit combler des combes éloignées, soit pourrir un peu plus les marais environnants.

Des collectes furent organisées aussi pour alimenter en engrais les paysans, il n'y avait pas, à l'époque, les problèmes des lisiers et des fumiers des millions d'animaux (vaches et cochons), et les engrais étaient facilement gérés.

Dans une ville comme Toulon, la collecte a permis, pendant de nombreuses années, de créer des revenus à ceux qui la réalisaient. Les rues de Toulon furent ainsi maintenues propres par ceux qui faisaient la collecte des détritus de toutes sortes qu'ils revendaient aux paysans. On les appelait les escoubiers (du provençal escoubo, balais). Ils purent même ne se charger que de la collecte car les cultivateurs venus en ville vendre leurs légumes retournaient chez eux ces déchets destinés à bonifier leur terre. Les escoubiers économisaient ainsi le transport des détritus.

Cette pratique de ramassage et de distribution des ordures et autres déchets se poursuivit jusqu'en 1940, malgré la connaissance acquise en fin du 19ème siècle par les grandes découvertes dont celles de Pasteur, sur les dangers de la non collecte propre de ces déchets.

La Seyne sur Mer, commune isolée par la montagne du Cap Sicié, a elle vu ces pratiques perdurer jusqu'en 1952.

C'est en voyant ces cartes postales nombreuses sur Toulon et La Seyne sur Mer que m'est venue l'idée de la pièce de décoration de ma crèche dont je veux parler aujourd'hui, le "Torpilleur" et la "Toupine"

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Un véhicule spécialement adapté devait effectuer le ramassage au petit matin. Le préposé qui était chargé de cette vidange des "Toupines" avait de grands mérites.

 

La "toupine" est ce seau hygiénique en fonte émaillée que ceux qui ont mon âge ont connu, seau qui permettait d'assumer certaines fonctions de nuit ou de jour ou au moins de centraliser les pots de chambres. Ensuite, les femmes devaient récupérer les seaux et aller les laver à l'unique fontaine de la rue ou du quartier dans des queues interminables, le nouveau lieu des potins et des cancans après le lavoir.

Santons, les torpilleurs et leurs toupinesSantons, les torpilleurs et leurs toupinesSantons, les torpilleurs et leurs toupines
Santons, les torpilleurs et leurs toupinesSantons, les torpilleurs et leurs toupines

Ce n'est qu'en 1952 que le dernier "Torpilleur" de Provence a pu disparaître enfin vaincu par des siècles de lutte de l'homme pour régler ces problèmes de pollutions. Il en existe bien d'autres mais ce n'est pas mon sujet.

Je me suis donc adressé à Francis Ruiz d'Arles pour me faire réaliser une "Torpille" comme je le souhaitais, "Torpille" qui viendra en fond de ma crèche, si le sujet de cette année est celui du Grand Marché au Village le jour de Foire, il ne faut pas oublier que derrière toutes les agapes il y a des contingences… 

J'ai déjà présenté Francis Ruiz quand il m'a fallu, l'année dernière, régler une partie de mes problèmes pour le thème des transports.

http://l-estrangie-e-li-santoun.over-blog.com/2016/09/arles-crechiste-francis-ruiz.html

http://l-estrangie-e-li-santoun.over-blog.com/2016/10/francis-ruiz-crechiste-la-patache-de-maillane.html

J'avais fait connaissance de ce créchiste hors pair au salon des santonniers de Tarascon en Novembre 2015.

http://l-estrangie-e-li-santoun.over-blog.com/2015/12/tarascon-marche-aux-santons-2015.html

Je lui ai envoyé mes souhaits avec des cartes postales et il a immédiatement réagi positivement d'autant que, lui, connaissait et avait vécu parfaitement cette période, encore une preuve s'il m'en fallait que cette pièce pour ma crèche n'est pas incongrue mais parfaitement légitime, n'en déplaise aux âmes sensibles.

Et immédiatement il a réalisé un puis deux puis trois exemplaires de "Torpille" avec des fûts en cuivre.

Torpilleur RuizTorpilleur RuizTorpilleur Ruiz

Torpilleur Ruiz

Torpilleur RuizTorpilleur RuizTorpilleur Ruiz

Torpilleur Ruiz

Torpilleur RuizTorpilleur RuizTorpilleur Ruiz

Torpilleur Ruiz

Mais, personnellement, j'avais envie d'une "torpille" barrique. Il en a réalisé deux.

Torpilleur RuizTorpilleur RuizTorpilleur Ruiz

Torpilleur Ruiz

Torpilleur RuizTorpilleur RuizTorpilleur Ruiz

Torpilleur Ruiz

Et comme toujours, des pièces parfaites, complètes, avec seaux, balais et même allant jusqu'à mettre des jauges de contenance sur les "torpilles" cuivres.

 

J'ai pris pour ma collection une torpille tonneau donc, celle ayant la plus grande plateforme à l'arrière car une santonnière m'a donné son accord pour réaliser le personnage monté sur la plateforme à l'arrière, bras tendus entrain de verser un seau dans la barrique.

Avec un beau percheron à l'avant, un conducteur, j'aurai une scène des plus complètes et des plus vraisemblables.

Mon torpilleurMon torpilleurMon torpilleur
Mon torpilleurMon torpilleur

Mon torpilleur

Profitant de ma visite chez lui, j'ai pu découvrir quelques-unes de ses dernières productions, hormis les torpilles.

Tout d'abord une diligence de transports en commun, un omnibus.

Santons, les torpilleurs et leurs toupinesSantons, les torpilleurs et leurs toupinesSantons, les torpilleurs et leurs toupines

Autre réalisation, toujours dans les charrettes ou diligence, un superbe fiacre.

Santons, les torpilleurs et leurs toupinesSantons, les torpilleurs et leurs toupinesSantons, les torpilleurs et leurs toupines

Et puis, il s'est amusé aussi à réaliser un portail dont les battants s'ouvrent réellement ce qui permet de monter son décor comme on le veut.

Santons, les torpilleurs et leurs toupines

Un créchiste donc que je conseille à tous

Tag(s) : #Santon et Santonnier

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