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Pour faire suite à " Lavoir et lavandières en Provence 1/2", voir ici :

 

http://l-estrangie-e-li-santoun.over-blog.com/2017/07/lavoir-et-lavandieres-en-provence-1/2.html

 

 

Depuis quelques paragraphes, je parle de bassin à plan haut ou bas, de bassins séparés, de foyers pour le feu, de barre d'étendage. Il est donc temps de parler de la loi de 1851, appelée à tort loi de l'Empereur Napoléon III, ce qui est faux puisqu'en 1851, Louis Napoléon Bonaparte est président élu au suffrage universel de la 2ème République. Son coup d'Etat du 2 Décembre 1851 va lui permettre de rétablir l'Empire en 1852. La loi française sur les lavoirs date du 3 Décembre 1851 et est votée par la République.

Cette loi donne un financement et obligation de construire des lavoirs qui seront mis en adjudication à la chandelle au moins disant.

Mais dans le même temps, un prêt pouvait être obtenu du "Paris Mutuel", l'ancêtre du "PMU" actuel, prêt qui donnait aux communes jusqu'à 75% du prix des travaux et ce gratuitement si les lavoirs respectaient 5 règles fondamentales :

 

  • les lavoirs devaient être bâtis en des endroits proches des lavandières, il ne s'agissait donc pas de les exiler loin de leurs lieux d'approvisionnement en linge pour leur éviter ainsi de longs charroyages.
  • Les plans de travail des bassins devaient être suffisamment hauts pour éviter aux femmes de laver à genoux.
  • Les bassins devaient être protégés du soleil et de la pluie par une toiture
  • L'accès devait être réalisé de niveau ou avec des escaliers pour alléger la charge aux allers et venues des lavandières
  • Le bassin devait être séparé en deux parties, une pour le rinçage, la partie la plus proche de l'arrivée d'eau pure, et une autre pour le lavage. Ainsi l'eau allait du plus propre au plus sale afin d'éviter contamination et épidémies.

 

Ces règles imposées par le "Paris Mutuel" pour apporter des subventions conséquentes en plus du financement voté par l'Etat venaient compléter parfaitement le but de la loi : faire cesser le lavage n'importe où, garantir le bon lavage dans toutes les communes et hameaux pour faire cesser l'expansion des maladies par la saleté à une époque où l'eau n'était pas partout, loin s'en faut, où les égouts n'existaient pas.

 

Encore une fois, je rappelle que les toilettes n'ont finalement été installées dans toute la Provence que dans les dernières années du 20ème siècle, voir mon sujet sur les "torpilles" ici :

 

http://l-estrangie-e-li-santoun.over-blog.com/2017/04/santons-les-torpilleurs-et-leurs-toupines.html

 

Les lavoirs vont être construits sur des architectures communes à partir de cette loi donc. Le bassin va être dans un ensemble couvert, ouvert sur un, deux, trois ou quatre côtés selon la configuration mais souvent avec un côté fermé, celui du vent et du froid. Le bassin est en pierre avec les bords plans coupés en biseaux pour permettre de faire redescendre l'eau naturellement vers le bassin. Le mortier joignant les pierres est étanche, il faut éviter les pertes d'eau car elle est trop précieuse. Une conduite en terre cuite ou en plomb va récupérer l'eau salie pour la mener vers un fossé, vers un étang qui servira de réserve pour l'agriculture, vers les jardins et les vergers construits en contrebas, l'eau est bonne aussi pour ça. Les bassins possèdent une bonde au fond pour permettre de les vider complètement quand il faut les curer.

 

Mais une règle, elle, était respectée, les fontaines et les abreuvoirs se situaient toujours en amont des lavoirs pour permettre l'alimentation des animaux et des hommes. Cet ensemble de règles donne les schémas de constructions suivants.

Lavoir et lavandières en Provence 2/2
Lavoir et lavandières en Provence 2/2

Cette construction volontaire et bien subventionnée de lavoirs en fin du 19ème siècle ne s'est pas accompagnée, vu les limites financières et les délais impartis, par de nombreuses constructions méritant d'être classées aux monuments historiques.

Le lavoir de Lambesc est classé tant il est exceptionnel. Il date de la fin du 18ème siècle et ne suit donc pas toutes les règles du Paris Mutuel, mais il est constitué de nombreux doubles bassins bas permettant à de nombreuses lavandières de posséder toutes de l'eau propre puisqu'elles étaient toutes situées vers la source. C'est l'un des plus beaux que j'ai pu voir.

Lavoir et lavandières en Provence 2/2Lavoir et lavandières en Provence 2/2Lavoir et lavandières en Provence 2/2
Lavoir et lavandières en Provence 2/2Lavoir et lavandières en Provence 2/2

A Fayence, le lavoir du Pèri date de 1782. Et il possède déjà toutes les qualités qui seront imposées en 1851. La fontaine et l'abreuvoir sont séparés et en amont. Les bassins sont couverts, séparés et hauts. Pour autant, le bâtiment n'est pas classé.

Lavoir et lavandières en Provence 2/2Lavoir et lavandières en Provence 2/2
Lavoir et lavandières en Provence 2/2Lavoir et lavandières en Provence 2/2

A Valensole, le pays de la lavande, le lavoir du Tholonet qui date de 1681 est sauvegardé. Il représente la perfection dans la conception, bassins séparés, hauts et couverts. Abreuvoir à l'avant des bassins et fontaine séparée.

Lavoir et lavandières en Provence 2/2Lavoir et lavandières en Provence 2/2
Lavoir et lavandières en Provence 2/2Lavoir et lavandières en Provence 2/2

Certaines Mairies ont pris soin de légiférer sur l'usage de l'eau tant dans les fontaines que dans les lavoirs et ce pour un bon usage de l'eau précieuse.

Ainsi, dans les communes où l'eau était très comptée, les lois étaient simples et surtout les amendes dissuasives.

Il était interdit d'être trop nombreux à la fontaine en même temps car cela pouvait faire baisser brusquement le niveau du bassin.

Le lavage des légumes ne pouvait se faire que sur des légumes bien débarrassés de leur terre et des racines.

Laver la viande y était interdit sauf au moment des chevreuils et des agneaux où le lavage des tripes était autorisé si les eaux sales n'étaient pas laissées dans le bassin.

L'utilisation de trop grands chaudrons, de trop grands récipients était interdite.

Et surtout, dans ce pays où l'eau est d'or, l'usage des fontaines pouvait être réglementé et réduit en périodes de basses eaux.

 

Mais comme je l'ai dit, le lavoir était un lieu de parloir du village, un lieu essentiel d'échange au village. C'était aussi un tribunal où les mauvaises laveuses étaient jugées par leur capacité à bien savonner, à bien frotter.

Le linge porté au lavoir témoignait aussi de la qualité sociale selon qu'il était plus ou moins sale, plus ou moins tâché. Les vêtements brodés étaient marque de richesse sociale.

Mais les commérages pouvaient être parfois violents et il fallait alors l'intervention du garde-champêtre et les arrêtés municipaux pour donner la place de chacune ainsi que l'ordre d'utilisation de l'eau de rinçage.

Même des lavoirs furent créés pour laver le linge des maladies contagieuses.

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Dans ma crèche, pour cette scène des lavandières, j'ai une mare avec un ponton créée par Sophie Auzet

 

https://www.facebook.com/LesSantonsDeSophie/

 

Une lavandière avec son bac à bois de Della Maggiora à partir des moules des santons Castelin-Peirano

 

https://www.santons-decors-casper.com/fr/

 

Une lavandière au panier de Lou Christou

 

http://louchristou.skyrock.com/

 

Une lavandière de Mayans en plein essorage

 

http://santonsmayans.com/

 

La lavandière étendant son linge de Volpés

 

http://boutique.santons-volpes.com/

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Le plus beau lavoir que j'ai pu voir chez les santonniers est celui réalisé par Hubert Bonillo, créchiste de Suze la Rousse. Il réalise des copies de monuments anciens superbes. Ainsi, il a réalisé une copie du lavoir du Couchadou de Pernes les Fontaines, un lavoir parfait par rapport à ce que je viens d'expliquer, une fontaine et un abreuvoir extérieur et en amont du lavoir couvert avec des bassins hauts et séparés en deux zones.

Ce lavoir a réellement existé et il a été reconstitué par M. Bonillo à partir de cartes postales anciennes et la mémoire de quelques habitants encore vivants à l'époque de son travail.

Lavoir et lavandières en Provence 2/2Lavoir et lavandières en Provence 2/2Lavoir et lavandières en Provence 2/2

Il est difficile d'incorporer un tel lavoir dans ma crèche car je n'avais pas assez d'espace, j'ai donc préféré jusqu'à présent me contenter d'une scène comme celle-ci

Lavoir et lavandières en Provence 2/2

Mais dans tous les cas, lors du choix d'un lavoir, il faut se souvenir de ces réalités techniques pour que l'imagination reste dans le plausible, si on veut vraiment représenter la Provence.

Et puis, lors des visites de villages, il faut chercher ces monuments.

Quand, dans la deuxième partie du 20ème siècle, est arrivée avec l'eau courante partout, les machines à laver dans chaque maison, l'usage des lavoirs publics a été terminé, bien que gratuits, et bien que moins consommateurs d'eau pour le rinçage des grosses pièces comme les tapis, les couvertures ou les couettes.

Nombre d'entre eux ont été rasés pour sacrifier au Dieu automobile. Aujourd'hui, le massacre semble s'être arrêté et de nombreuses communes les restaurent et ils refleurissent dans la mise en valeur du patrimoine.

 

Ils sont le signe de l'eau, valeur d'or, de la Provence.

Tag(s) : #Santon et Santonnier

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