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Dans son "Histoire de France" parue en 2001 aux Editions Odile Jacob, Marc Ferro, explique le rituel des relevailles de l'accouchée en France

Les cadeaux des relevailles dans la Provence

Dans la France Chrétienne et jusqu'au début du 20ème siècle, faire un enfant n'est pas si simple, enfin faire un enfant en vie bien sûr, pour le reste, je crois que c'est simple…

Un proverbe disait "qu'il faut faire deux enfants pour avoir un homme", résumé dramatique de la naissance à cette époque et si le mariage était festif, il possède en son sens la nécessité de procréer car la naissance assure la pérennité du nom, la continuité de l'héritage, l'assurance des vieux jours, rappelons que la retraite et la Sécurité Sociale date du milieu du 20ème siècle.

En milieu rural, la naissance est une garantie de main d'œuvre pour les travaux. Les adages et les rituels pour favoriser la fécondité sont alors nombreux, ce n'est pas mon propos.

Mais la femme enceinte doit être respectée, ses envies satisfaites au risque d'attenter à l'aspect du futur bébé. La satisfaction des envies avait provoqué des lois dans certaines régions dont celle-ci :

Les cadeaux des relevailles dans la Provence

Certains villages, mêmes importants, n'ont connu leur premier médecin résidant qu'en deuxième partie du 20ème siècle.

C'était donc une matrone qui faisait office d'accoucheuse puis une sage-femme. Celle-ci était aidée de voisines. Le rite était de couper le cordon ombilical en cas de garçon, on faisait "bonne mesure".

La sage-femme s'occupait de la maman pendant que les voisines s'occupait du nourrisson, le lavant, lui remodelant crâne et nez si besoin, surtout le nez des garçons car "bèu nas, bèu cas", c'est-à-dire "beau nez, beau sexe"…

L'enfant conservant une partie du placenta collé sur la tête à la naissance était dit né coiffé et donc chanceux. "Es nascu 'mé la crespino", il est né coiffé, il est heureux. Ce mot est passé d'ailleurs dans le langage de tous les jours "queto crespino ! ", "quelle chance ! ".

La maman était soigné avec du lait de poule, c'est-à-dire du lait et des œufs battus ensembles avec sucre et miel. Parfois, on pouvait y rajouter un peu de gnole, ou du rhum pour les familles aisées.

C'est cette tradition qui fait que les premiers santons qui doivent être auprès de la Nativité dans la crèche, outre la vieille au calen qui amène le feu signe de vie et de lumière, mais aussi, à ce solstice d'hiver, signe du soleil renaissant représenté par le Jésus arrivé.

Le vieux au fagot doit être là pour apporter la chaleur seulement donnée par le souffle du bœuf jusqu'à présent.

Outre les dames au berceau, les porteuses de draps et de couvertures, l'essentiel réside dans les premiers dons que font la porteuse de poule et d'œufs et la porteuse de miel.

Et dans ces poules, il en faut une noire, toute crèche doit avoir sa poule noire, celle dont le sang est bon car supposé plus noir, plus lourd pour requinquer la parturiente.

Donc la crèche doit avoir au moins tris poules, la noire comme décrit ci-dessus, la poule blanche réputée meilleure pondeuse, et la poule rousse ou marron qui est la plus rusée pour survivre selon le conte.

L'enfant est emmailloté de langes et de molletons serrés en bandelette comme une momie, situation qui perdurera plusieurs mois. C'est pour cela qu'une belle crèche doit avoir un Jésus emmailloté comme ça et non à moitié dévêtu comme beaucoup de santonniers font pour se plier aux désirs commerciaux et irréfléchis de leurs clients.

J'ai changé mon Jésus cette année pour celui de Fusier qui respecte ce code et de plus respecte le code des couleurs dont je parlerai plus tard dans un autre sujet, c'est-à-dire Rouge et bleu pour Marie mais l'inverse pour Jésus.

Les cadeaux des relevailles dans la ProvenceLes cadeaux des relevailles dans la Provence

L'enfant attendu dans les familles était le garçon : besoin de continuer le nom, de faire perdurer l'héritage, besoin de main d'œuvre forte aux champs et non main d'œuvre de ferme. Et puis, une fille cela voulait dire une dot à construire alors qu'un garçon bien marié pouvait faire agrandir le patrimoine hérité.

Les voisines, une fois leurs tâches faites chez l'accouchée, partaient dans les rues pour annoncer l'heureuse issue, en criant :

"A fa une pichouno", "Elle a fait une fille", et on savait que c'était une fille

Mais "a fa un bèu pichoun", "elle a fait un beau garçon", et on savait que c'était un garçon, bien plus important.

Malgré tout, à la mère qui avait une fille, pour la réconforter, dans ces temps où faire un enfant vivant n'était pas si évident, on disait :

"Vau mies la chato facho, que lou drole a far" C'est-à-dire "Mieux vaut la fille faite que le garçon à faire".

Les premières visites pouvaient avoir lieu. Je rappelle que l'accouchée reste chez elle pendant 40 jours, comme le fit la Vierge Marie. Les visites se font chez elles.

En Provence, la tradition voulait qu'on lui apporte 5 produits très précis en sus d'autres.

Ces cinq présents étaient : l'oeuf, le pain, le miel, le sel et l'allumette.

Ces offrandes sont rattachées aux voeux suivants :

- "Que siègue plèn coume un ioù", "Qu'il soit plein comme un œuf" C'est-à-dire qu'il soit comblé de biens matériels et spirituels. 
- "Que siègue bon coume dou pan", "Qu'il soit bon comme le pain" 
- "Que siègue dous coume lou mèu", "Qu'il soit doux comme le miel" 
- "Que siègue san coume la sau", "Qu'il soit sain comme le sel", le sel est un symbole de santé. 
- "Que siègue dre coume uno brouqueto", "Qu'il soit droit comme une allumette"
Tag(s) : #Histoire des santons

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